Eclairage urbain et biodiversité

Pourquoi vouloir faire de nos nuits, nos jours ? Une réflexion quant aux finalités, effets et limites de la lumière est nécessaire.

L’éclairage public est l’ensemble des « moyens d’éclairage mis en œuvre dans les espaces publics, à l’intérieur et à l’extérieur des villes, très généralement en bordures des voiries et places, nécessaires à la sécurité ou à l’agrément de l’homme ».

Cette mission relève du pouvoir communal mais n’est pas sans impact. Tout d’abord sur le budget. L’investissement et l’entretien sont une première source de coûts mais c’est le fonctionnement (factures d’électricité) qui compte surtout.

Éclairer la Ville n’est pas chose aisée et il faut pouvoir allier la sécurité, les contraintes de coûts ou encore l’impact sur les usagers … et sur l’environnement.

D’autant plus que l’éclairage extérieur s’est fortement développer quantitativement au cours de la deuxième partie du 20ème siècle. Ce développement s’est effectué avec de bas tarifs d’électricité jusqu’aux années 2000. Depuis, ceux-ci sont en forte hausse.

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Par ailleurs, le nombre de points lumineux en éclairage public a augmenté de 89% en France entre 1992 et 2012. On y dénombre aujourd’hui plus de 11 millions de points lumineux. Sur la même période, on constate également une augmentation continue de la durée d’éclairement moyenne de 2100 à 3500 heures par an. La tendance est légèrement à la baisse depuis 2012.

A l’éclairage public présent sur les voiries, il faut ajouter entre autres la pollution et les nuisances lumineuses produites par la multiplication des enseignes, éclairage d’équipements sportifs, éclairages événementiels ou de mise en lumière du patrimoine.

Au-delà de son impact financier, l’éclairage public a également un coût environnemental en étant source de pollution et de nuisance lumineuse.

Coûts de l’éclairage public

En France, l’éclairage public représente 23 % de la facture globale d’énergie et 38 % de la facture d’électricité de la collectivité.

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Les anciens systèmes d’éclairage consomment beaucoup plus d’énergie. Un luminaire au sodium à basse pression consomme ainsi environ 3 fois moins d’énergie que les anciens luminaires à vapeur de mercure. La technologie permet donc de réaliser des économies de fonctionnement.

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Cependant, aux coûts d’achats et de fonctionnement, s’ajoutent les coûts de maintenance qui seront de plus en plus élevés en fonction de la complexité croissante des technologies proposées.

Aujourd’hui encore, certains modèles de luminaire envoient jusqu’à 50 % de leur lumière en direction du ciel. Cette lumière dirigée vers le haut est inutile, perdue et constitue la principale cause de la pollution lumineuse.

OPEPA, un outil de diagnostic

diagno_ademeL’ADEME propose un outil de (pré)diagnostic de l’éclairage public à l’échelle d’une commune ou d’un quartier, gratuitement mis à disposition des élus et techniciens afin de hiérarchiser les améliorations et économies énergétiques et financières en cas de rénovation.

Ce diagnostic oriente vers des rénovations possibles sur la base de paramètres tels que consommation, durée annuelle de fonctionnement, fréquence indicative de changement des lampes, puissance souscrite.

Il permet d’approcher le coût d’exploitation et propose quatre scénarios d’ambition croissante passant par l’extinction nocturne aux heures creuses, des sources lumineuses alternatives, le remplacement du luminaire pour un matériel plus efficient ou le remplacement complet avec module de gradation.

Chaque scénario est présenté en termes de coût, de retour sur investissement et, au vu des indicateurs de performance, en offrant la possibilité dans chaque cas d’ajuster diverses variables (horaires d’extinction, prix, puissance des sources).

A découvrir ICI

Plus d’infos :

Pollution lumineuse, ce que révèlent les travaux de recherche

La pollution lumineuse qui se développe avec la croissance de la lumière nocturne, s’accompagne d’effets perturbateurs souvent méconnus et sous-estimés sur la biodiversité et les écosystèmes. Il semble même que les dernières évolutions dans le domaine de l’efficacité énergétique (comme les lampes aux iodures métalliques et les LEDs) tendent à aggraver cet impact.

La lumière artificielle nocturne est une pression sur la biodiversité qui, en combinaison avec d’autres pressions, contribue à l’érosion actuelle de la biodiversité. Cette pollution a des effets négatifs sur la faune, au point qu’on la suspecte d’être au moins partiellement responsable de la régression d’un certain nombre d’espèces.

Les insectes sont attirés par les sources lumineuses, jusqu’à une distance de plus de 500 m. On calcule qu’en saison estivale, il meurt environ 150 insectes par nuit sur chaque lampe routière. La mort de dizaines de milliards d’insectes à cause des systèmes d’éclairage mal conçus entraîne des problèmes liés à la biodiversité des insectes.

Par ailleurs, environ 2/3 des oiseaux migrateurs se déplacent de nuit. Pour s’orienter, ils utilisent notamment les étoiles. À proximité de sources de lumière artificielle, deux types de réactions sont observés : attraction ou effraiement. Dans les deux cas, il s’en suit une modification importante de leur trajectoire et des erreurs d’orientation.

Eclairage extérieur : définitions et évolutions

comprendre.jpgPour apporter un accompagnement sur cette thématique encore peu connue, la « Mission Économie de la Biodiversité » a édité un document de 72 pages intitulé « Éclairage du 21ème siècle et biodiversité, pour une meilleure prise en compte des externalités de l’éclairage extérieur sur notre environnement ».

Le document aborde les différentes notions techniques afin d’envisager les impacts de l’éclairage artificiel sur l’environnement dépassant les effets de la lumière : longueurs d’ondes, température de couleur des lumières, indice de rendu des couleurs, puissance et intensité lumineuse, luminance, efficacité lumineuse, etc.

Il reprend également une synthèse des caractéristiques générales pour les différentes familles de lampes utilisées en éclairage extérieur (halogène, tube fluo, vapeur de mercure, sodium, céramique, à décharge ou LED’s) ainsi que les critères techniques importants à prendre en considération dans les choix tels que l’orientation du flux lumineux, hauteur et espacement des candélabres ou encore le cycle de vie des lampes.

Il aborde également le cadre juridique, la réglementation européenne ainsi que les normes privées.

Enfin, il fait le point sur les liens entre la lumière et le vivant : facteur de la synchronisation biologique, perçue différemment selon l’espèce ou encore le phénomène d’éblouissement. Ce faisant des liens sont effectués entre la lumière et le comportement de certaines espèces (poissons, amphibiens et reptiles, oiseaux et mammifères.

Des recommandations pertinentes

 L’étude apporte des recommandations techniques ou de bon sens en termes de sobriété énergétique et lumineuse afin de réduire les impacts sur la biodiversité.  Il est notamment utile de se poser les bonnes questions dans toute démarche d’éclairement, avant la mise en place d’installations ou d’équipements.

Ces réponses peuvent conduire à réduire les durées et les niveaux d’éclairement, les puissances électriques et lumineuses, de supprimer des points lumineux, d’optimiser l’espace entre ces derniers, de veiller à une orientation correcte, d’optimiser les temps d’éclairage avec les technologies disponibles mais aussi d’éviter certaines technologies.

Par exemple, les extinctions en milieu de nuit sont peu coûteuses et à effets immédiats sur l’environnement. Alors que le remplacement de luminaires, les nouvelles technologies et les nouveaux équipements exigent souvent des investissements lourds, effectués pour plusieurs décennies, dont les retours peuvent être longs.

Enfin, les auteurs lancent toute une série de pistes de réflexions pour sortir du cadre classique de l’éclairage public par le biais par exemple de contrat de partenariat (PPP), le tiers investisseur ou encore les contrats globaux pour des projets écologiques cohérents en rappelant également les aides et dispositifs publics disponibles.

A lire ICI

Des projets à Auderghem et Watermael-Boitsfort

En Belgique, à Bruxelles notamment, des initiatives ponctuelles voient le jour pour limiter l’impact de la pollution lumineuse sur la faune et la flore.

Sur le site naturel du Rouge Cloître à Auderghem, les éclairages de la voirie ont été adaptés pour ne pas déranger les chauves-souris lucifuges (celles qui évitent les zones éclairées car elles s’y sentent vulnérables).

Ce projet existe aussi dans la commune de Watermael-Boitsfort. Les deux projets sont conduits par Bruxelles-environnement (gestionnaire des espaces verts de la région).

https://www.rtbf.be/info/regions/detail_bruxelles-trop-lumineuse-pour-les-animaux-nocturnes?id=10216960

A Lille, le projet Luciole

Le projet LUCIOLE (LUmière Citadine Optimisée pour L’Environnementa pour objectif de restaurer la biodiversité du parc de la Citadelle à Lille, tout en améliorant la qualité de son éclairage pour les usagers. Il a été mis en service fin 2017.

Luciole

Cette opération soutenue par l’Europe prolonge la politique environnementale qui a déjà valu à Lille le titre de « Capitale française de la biodiversité » en 2012.

Plus d’info : Le projet Luciole

Pourquoi vouloir faire de nos nuits, nos jours ? Une réflexion quant aux finalités, effets et limites de la lumière est nécessaire. Il faudrait dorénavant qu’un cadre légal soit adopté concernant cette problématique.

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